Danse. Fidèle des Rencontres de Seine-Saint-Denis, la Turque surprend.

Aydin Teker brave les lois de la pesanteur chorégraphique

par Marie-Christine VERNAY
Libération : mardi 23 mai 2006


Rencontres chorégraphiques internationales de Seine- Saint-Denis
A Montreuil, Pantin, Bagnolet... Jusqu'au 28 mai. Rens. : 01 55 82 08 01 ou www.rencontres-choregraphiques.com


Elles investissent chaque année le festival de danse de Seine-Saint-Denis. Certaines sont des habituées de la manifestation, qui les soutient financièrement, ou, en tout cas, les accompagne. D'autres n'effectuent qu'un passage. Mais toutes sont folles du 93. Pour elles, qui souvent explorent, expérimentent, les Rencontres chorégraphiques internationales sont l'occasion de présenter une première, d'établir des contacts avec les programmateurs et de découvrir un public attentif et curieux.

Expressionnisme. Déjà, aux rencontres de 2004, la chorégraphe turque Aydin Teker avait montré un solo construit sur la relation des pieds avec le reste du corps. C'était tellement précis et incongru qu'on l'attendait avec curiosité cette année. AKabi est le résultat de deux ans et demi de travail sur l'équilibre et le déséquilibre, sur la symétrie et l'asymétrie.

Venue à la danse très jeune, mais s'ennuyant fortement aux spectacles des ballets d'école, Aydin Teker flashe sur la Table verte, de Kurt Jooss, une danse plus conceptuelle et expressionniste dont elle comprend le sens. Du coup, dès 1970, elle s'embarque pour Londres, puis pour les Etats-Unis, où elle étudie tout en dansant. En 1982, elle retourne en Turquie, s'installe à Istanbul, où elle enseigne et mène ses précieuses recherches.

Petite bonne femme passant plutôt inaperçue, Aydin Teker ne semble se captiver que pour ce qu'elle va découvrir dans son studio, avec les danseurs. Sa structure est privée et, bien que déplorant le manque d'intérêt des politiques pour l'art vivant, elle parvient à s'autofinancer bon an, mal an : «Pourquoi irais-je demander des aides au gouvernement ? D'autant que, de toute façon, rien n'adviendrait.»

La chorégraphe préfère scruter quasiment au microscope des gestes qui n'auraient pu surgir sans contrainte, ni sans l'adhésion des danseurs qui jouent le jeu. Le résultat est étrange, un peu laborieux pour le spectateur. Dans aKabi, la chorégraphe a conçu des chaussures des plus inconfortables, sorte de cothurnes revus pour des drag queens. Juchés dessus, un homme et trois femmes tentent de soumettre le corps à de nouvelles donnes qui remettent en question les lois de la pesanteur. Les formes qui en découlent sont des plus sculpturales. Il manque peut-être à ce spectacle une dimension de plaisir, d'humour, mais comme on sait qu'Aydin Teker mise sur la durée, cela devrait venir. Peut-être à Montpellier Danse, où le spectacle sera présenté le 4 juillet.